retour-liste-archives retour-fiche-origine.jpg

Les premiers Blaquière du Québec

par Jacques Blaquière

Louis surnommé «Nini» (traduction en 1798 des recenseurs unilingues anglais de Néné, Aîné) Blaquière, de souche française, maître d'équipage et associé avec son oncle Jean-Baptiste Gauthier dans l'exploitation d'une chaloupe de pêche et d'une grave à Miquelon et caboteur de métier, et son épouse Modeste Comeau, de souche acadienne, ont quitté l'île de Miquelon de leur plein gré avec leurs enfants en 1796, dans le contexte de la Révolution française, autant à cause des tracasseries de la milice britannique que des représailles dévastatrices de la milice française qui, sans jamais l'avoir admis, croyait voir dans les résidents restés à Miquelon, après l'exil de plus de 300 autres familles en 1792, des sujets français ayant changé d'allégeance, ce qui était fort probablement le cas malgré tout, ont finalement été accueillis correctement par les autorités canadiennes à Rustico, Île du Prince-Édouard, en 1796 pour y trouver un peu de répit, et de là, 65 ans plus tard, pour échapper une fois de plus à la misère, quelques-uns de leurs enfants et petits-enfants furent les premiers Blaquière à venir s'établir à Saint-Alexis-de-Matapédia au Québec où l'avenir s'annonçait meilleur dans le comté de Bonaventure parce que, écrivait l'abbé Beaulieu, dans son livre Histoire de la paroisse Saint-Alexis-de-Matapédia 1860-1960, à la page 37,

 >«les Acadiens n'étaient plus chez eux à l'Île du Prince-Édouard, après le Traité d'Utrecht en 1713. Très peu eurent la bonne fortune de recouvrer, nous ne disons pas leurs anciennes propriétés, mais des lambeaux de cette propriété acquise au prix de pénibles sacrifices; les autres, et ils étaient le plus grand nombre, durent s'en remettre aux prescriptions rigoureuses d'une féodalité illégitime, et à la tyrannie d'aventuriers devenus seigneurs. Les conséquences de l'adjudication des 64 lots de l'Île, en 1767, à toutes sortes de spéculateurs, pesaient encore lourdement sur le peuple acadien de 1860. Cette situation chaotique ne sera régularisée qu'en 1873, l'année de l'entrée de l'Île du Prince-Édouard dans la Confédération canadienne. Astreints à une tenure incertaine et à des baux emphytéotiques variant de 20 à 99 ans, les pauvres Acadiens voyaient s'ajouter à leurs misères présentes l'incertitude de l'avenir. C'est alors que M. l'abbé Belcourt, curé de Rustico, se mit à la recherche d'une terre plus hospitalière pour le surplus de la population de sa paroisse, une terre où il serait possible à ce peuple de se tenir groupé pour mieux se protéger contre les tentatives de l'adversaire, et les conséquences de l'isolement.»

Nous savons que l'abbé Belcourt, Québécois d'origine et curé de la paroisse Saint-Augustin de Rustico en 1859, était  un fervent supporteur de la culture française. Depuis 1767, les autorités civiles de l'Île du Prince-Édouard, dans une vaste tentative d'assimilation aux coutumes anglaises, empêchaient les Acadiens de s'instruire en français et dispersaient leurs familles en offrant aux jeunes ménages des terres éloignées et séparées les unes des autres par celles de voisins unilingues anglophones. Cette politique semble avoir porté fruit puisque de nombreux descendants de souche acadienne vivant aujourd'hui à l'Île du Prince-Édouard sont totalement incapables d'articuler la langue française et ne peuvent ainsi profiter pleinement de leur héritage culturel. De plus, l'abbé Belcourt s'inquiétait des liens de consanguinités entre les conjoints, de plus en plus fréquents et de plus en plus rapprochés dans les mariages qu'il devait célébrer. Ainsi espérait-il en 1860 atténuer ces problèmes en encourageant ses paroissiens à aller s'établir dans le Bas-Canada où la construction du chemin de fer Intercolonial amorçée en 1842 pouvait déjà leur fournir du travail et un revenu pour s'établir et obtenir une concession de terre, pour fonder de nouvelles familles avec les immigrants irlandais, écossais et les autres citoyens du Québec déjà établis sur place et construire avec eux un village-relais qui allait devenir la municipalité paroissiale de  Saint-Alexis-de-Matapédia du comté de Bonaventure.
«Au mois de juillet 1860, douze aspirants colons viennent explorer ce nouveau territoire. Les noms de huit d'entre eux ont été conservés. Ce sont MM. Fabien Doiron, Maurice Blaquière, Simon Martin, Joseph Martin, Thomas Doiron, Sylvestre Pitre, Jérémie Pitre, Louis Gallant. Ainsi débuta la colonie de Matapédiac, la future paroisse de Saint-Alexis-de-Matapédia, à l'automne de 1860, avec une population de 26 âmes»

L'abbé Beaulieu ne compte que les 26 âmes venues de Rustico mais omet les âmes des quinze familles de colons déjà sur place qui ont aidé les 26 âmes de Rustico à s'établir et à fonder la paroisse de St-Alexis-de-Matapédia dès les débuts de la colonie de Matapédiac. Il nomme seulement :

L'abbé Beaulieu mentionne douze aspirants colons venus de Rustico pour explorer le territoire, il en nomme huit qui viendront s'établir et ne tient aucunement compte des nombreux autres colons déjà établis sur ce même territoire depuis 1845, dès le début de la construction du chemin de fer Intercolonial dans la vallée de la Matapédiac. En réalité, on trouve les noms des premiers fondateurs de la municipalité paroissiale de  Saint-Alexis-de-Matapédia à l'ouverture de ses registres paroissiaux. En 1871, il y avait déjà vingt-deux familles établies dans la paroisse depuis 1860 dont sept familles seulement étaient originaires de Rustico. Les premiers colons de Saint-Alexis-de-Matapédia venaient surtout du Québec dans le Bas-du-Fleuve, d'Écosse et d'Irlande. Ce sont d'ailleurs ces colons qui ont fourni le gîte et la croûte aux 26 arrivants de Rustico entre 1860 et 1870 avant qu'ils ne puissent s'établir définitivement sur les terres que le gouvernement du Québec leur avait concédées. La plupart des familles venues de Rustico vivaient bien modestement, certaines même dans une pauvreté extrême d'où la nécessité de les secourir de toutes les façons.



Les citations en italique ont été recueillies dans
Histoire de la paroisse de Saint-Alexis-de-Matapédia 1860-1960
par le révérend J.-Alphonse Beaulieu, ptre, curé. 365 pages.
mailbox
Contact : Jacques Blaquière
Richmond QC - Canada J0B 2H0

2013.10.27