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Le premier Blaquière à s'établir au Canada en 1796 était

Un pionnier de Rustico, Île du Prince-Édouard

Louis Joseph dit Néné (L'Aîné) Blaquière, au recensement de 1798 à l'île du Prince-Édouard, identifié comme Lewi Nini Blakair

HISTORIQUE

Louis Joseph Blaquière, identifié sous le prénom de Pierre Blaquière au recensement de Miquelon en novembre 1776, est dit  orphelin âgé de 14 ans.  En fait, il est alors âgé de 16 ans et vit sous la tutelle de son oncle Jean-Baptiste Gauthier, ancêtre de plusieurs familles Gauthier des provinces maritimes.  Louis Joseph Blaquière est né le 28 juillet 1760 à Rochefort, en France. Sa mère Anne Lavigne est décédée le 7 février 1762 à Rochefort en France, alors qu'il n'a pas encore deux ans, et son père Louis Blaquière dit Merle, sergent de milice des troupes franches de la Marine, est décédé le 28 mars 1768 à Miquelon, colonie française d'outre-mer, alors qu'il est âgé de sept ans. Il semble manifeste que sa marraine Jeanne (Depontbriand) Briand lui a aussi servi de mère adoptive avant de devenir la deuxième épouse de son père Louis Blaquière dit Merle à Rochefort en novembre 1762.

À Rustico PE Canada, Louis Joseph Blaquière sera surnommé Nini Blaquière. Une tradition locale voulait que chaque personne ait un surnom par lequel elle était interpellée dans la communauté. Nini (prononcer naille-naille) est l'orthographe des recenseurs unilingues anglophones de l'Île du Prince-Édouard pour l'expression Néné, surnom enfantin pour désigner l'aîné de la famille. Le surnom de Guillaume lui est octroyé à Miquelon par le curé de la paroisse Notre-Dame-des-Ardilliers lors de ses noces avec Modeste Comeau le 24 novembre 1784 et lors du baptême de son fils aîné Louis Joseph, le 10 octobre 1785.  On ne connaît pas d'autres circonstances où il aurait été identifié sous le prénom de Guillaume. Possible que ce surnom lui ait été attribué à cause de son habileté à manier le guillaume (rabot), un outil dont on se servait pour construire les doris, embarcation pour pratiquer la pêche et le cabotage. En 1784, Louis Joseph Blaquière est dit excellent maître d'équipage.  Il est propriétaire à part égale d'une chaloupe pontée avec son oncle Jean-Baptiste Gauthier qui possède et exploite une grave à Miquelon.

La population de Saint-Pierre et Miquelon en 1789 est généralement constituée de résidents, de pêcheurs saisonniers et de réfugiés acadiens.  Les résidents sont ceux qui habitent et vivent en permanence dans l'archipel.  Ils possèdent tous des maisons et des propriétés.  Les saisonniers sont des pêcheurs ou des engagés venus d'Europe au printemps qui passent la saison des pêches dans l'archipel puis s'en retournent dans leur pays, au plus tard à la fin de novembre.

Les réfugiés sont les Acadiens qui ont été admis illégalement dans l'archipel après avoir subi plusieurs déportations.  Ces Acadiens reçoivent alors de maigres subsides de l'état français et vivent tant bien que mal soit chez  des parents, soit chez des amis.  La Révolution française relance les hostilités entre l'Angleterre et la France.  La milice anglaise viendra harceler les habitants de l'archipel français des îles Saint-Pierre et Miquelon dès 1793 en guise de représailles contre les menaces faites par certains révolutionnaires français contre la monarchie d'Angleterre.  À Saint-Pierre et à Miquelon, les nouvelles de la révolution en France arrivent beaucoup plus tard.  Les habitants de l'archipel se sentent si peu concernés par cet événement que le baron De L'Espérance, devenu gouverneur de l'archipel à la place de Dangeac, accueille les frères de la révolutions en tenue courtisane arborant fièrement la Croix de Saint-Louis sur sa poitrine.

En 1792, puis en 1793, la milice britannique déporte d'abord à Halifax puis ensuite en France les pêcheurs saisonniers qui refusent de travailler pour des armateurs anglais ainsi que tous les Acadiens qui n'ont pas le statut de résidents.  Les propriétaires de chaloupes pontées sont invités à rester dans leurs foyers afin de continuer à gérer leurs biens et leurs graves, moyennant qu'ils vendent leurs prises aux armateurs anglais, ce que manifestement ne manquent pas de faire certaines familles françaises qui craignent de plus en plus les conséquences de la Révolution en France.

À la même époque, environ 300 Acadiens vivant à Miquelon fuient une fois de plus les turpitudes de la guerre en compagnie de leur curé Jean-Baptiste Allain et gagnent les côtes canadiennes.  Il n'est pas exclus que les Blaquière, Gauthier, Leclerc et Pineau qui se livraient avec leurs chaloupes pontées autant au cabotage qu'à la pêche hauturière aient pu transporter leurs parents et leurs amis en lieux sûrs, soit aux Iles de la Madeleine, soit sur les côtes du Cap Breton, soit en Gaspésie ou dans la Baie des Chaleurs.

Les Blaquière, Gauthier, Leclerc et Pineau ont cependant intérêt à revenir dans l'archipel pour continuer à exploiter leurs installations de pêche.  Comme ils sont propriétaires de chaloupes pontées et de graves, ils bénéficient des encouragements de la milice anglaise qui sollicite leur allégeance à la couronne d'Angleterre puisque leur bon roi de France vient d'être assassiné par les révolutionnaires français.  D'ailleurs, pour les encourager à rester, les Anglais vont jusqu'à leur permettre de s'approvisionner en bois de construction et en bois de chauffage sur les côtes de Terre-Neuve, commerce qu'ils ne toléraient absolûment pas avant la Révolution française.  La pratique du culte religieux n'est pas non plus un problème pour ces familles catholiques puisque depuis la conquête canadienne de 1763, la couronne d'Angleterre laisse toute liberté de culte à ses sujets alors que les révolutionnaires français continuent à persécuter les prêtres et les missionnaires catholiques.  En raison de ces persécutions, plusieurs prêtres français se joindront au clergé canadien.  Certains dont l'abbé De Calonne seront en mission à Rustico à partir de 1795.

Vers la fin de l'été 1796, un contre-amiral de la marine française nommé La Richerie vient à Miquelon mettre le feu à toutes les installations de pêche qui s'y trouvent croyant alors chasser des Anglais.  Les chroniqueurs de l'époque rapportent que ce geste de La Richerie fut une erreur de sa part.  On pense plutôt que La Richerie savait qu'il attaquait des compatriotes qui avaient changé d'allégeance.  C'est ce qui nous pousse à croire que c'est à ce moment-là que Louis Joseph Blaquière et son oncle Jean-Baptiste Gauthier ayant perdu leurs installations de pêche ont décidé, comme d'autres de leurs parents et amis l'ont fait avant eux, de gagner les côtes canadiennes afin de s'y installer à leur tour.  On trouvera plus tard d'autres de ces vaillants équipages installés avec leurs familles non seulement à Rustico mais aussi en Gaspésie, dans la Baie des Chaleurs et sur la Côte-Nord du Saint-Laurent.

Lors du recensement de Rustico en 1798, Louis Joseph Blaquière porte le nom anglicisé de Lewi Blakair.  Selon Placide Gaudet 1850-1930, qui a questionné de son vivant les aînés de Rustico parmi lesquels se trouvaient fort probablement quelques enfants de notre ancêtre,  Louis Joseph Blaquière, caboteur de métier, aurait péri noyé en 1812 près des côtes de Halifax.  L'histoire nous apprend par ailleurs qu'en 1812, le Dominion du Canada subissait l'invasion américaine.  On signalait à cette époque-là que des corsaires américains croisaient régulièrement dans les eaux canadiennes et venaient surprendre les navires des sujets canadiens de Sa Majesté britannique pour en voler la marchandise puis les couler.  Notre ancêtre Lewi Blakair a-t-il été une  victime oubliée de ces incursions? Lire à ce sujet : Disparition en 1812 du maître d'équipage Louis dit Nini Blaquière 1760-1812

Louis Joseph Blaquière alias Lewi Blakair, né en France en 1760, et Modeste Comeau, née à l'île du Prince-Édouard en 1763, sont à l'origine de la plus ancienne des lignées Blaquière vivant aujourd'hui en Amérique du Nord.


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La chaloupe pontée était une embarcation qui permettait la pêche hauturière, c'est-à-dire qui permettait de naviguer loin des côtes.  Elle était précisément munie d'un pont qui permettait aux pêcheurs de se mettre à l'abri par gros temps ou pendant les pêches d'automne en octobre et en novembre.  On s'en servait également pour faire du cabotage et voyager entre l'archipel et le continent.

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Une grave est un espace réservé sur le bord de la mer et constitué de galets où les pêcheurs de morues font sécher leurs poissons.  On y érige également un échafaud dit aussi chafaud où les pêcheurs vident les poissons de leurs entrailles et les préparent au séchage.  La morue séchée se vendait beaucoup plus cher que la morue verte laquelle était conservée dans le sel mais non-séchée.  On pouvait exporter la morue séchée mais pas la morue verte.

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En effet, le gouverneur Gabriel Dangeac avait reçu l'ordre de ne plus admettre de familles acadiennes dans l'archipel car le ministre français de la Marine craignait que la surpopulation ne crée des problèmes d'approvisionnement et de survie.  Cette politique n'allait pas aider à mettre fin au périple des Acadiens qui, tant bien que mal, essayaient encore vers 1790 de se remettre des effets du Grand Dérangement de 1755.  Devant le dépouillement qui accablait les Acadiens, le gouverneur n'a pu faire autrement que de passer outre à la loi et avait quand même accueilli des Acadiens dans l'archipel, particulièrement à Miquelon. Pour retourner au texte, cliquer «passer outre à la loi».
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2013.10.27